<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Chauds les marrons</title>
	<atom:link href="http://www.chaudslesmarrons.com/?feed=rss2" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.chaudslesmarrons.com</link>
	<description>Récits tout chauds</description>
	<lastBuildDate>Thu, 03 Jan 2013 10:39:37 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.5</generator>
		<item>
		<title>La revanche d&#8217;une frileuse</title>
		<link>http://www.chaudslesmarrons.com/?p=1324</link>
		<comments>http://www.chaudslesmarrons.com/?p=1324#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 07 Nov 2012 15:05:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Adrien Dartigues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[brevet]]></category>
		<category><![CDATA[building]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[dépression]]></category>
		<category><![CDATA[drôle]]></category>
		<category><![CDATA[ebook]]></category>
		<category><![CDATA[epub]]></category>
		<category><![CDATA[expatrié]]></category>
		<category><![CDATA[fait divers]]></category>
		<category><![CDATA[femme au foyer]]></category>
		<category><![CDATA[frileuse]]></category>
		<category><![CDATA[frileux]]></category>
		<category><![CDATA[froid]]></category>
		<category><![CDATA[fun]]></category>
		<category><![CDATA[gratuit]]></category>
		<category><![CDATA[humour]]></category>
		<category><![CDATA[ibooks]]></category>
		<category><![CDATA[idée]]></category>
		<category><![CDATA[incroyable]]></category>
		<category><![CDATA[invention]]></category>
		<category><![CDATA[littéraire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[mobi]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[pdf]]></category>
		<category><![CDATA[polar]]></category>
		<category><![CDATA[revanche]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[Shang Hai]]></category>
		<category><![CDATA[shanghai]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.chaudslesmarrons.com/?p=1324</guid>
		<description><![CDATA[À son réveil, Clothilde pleurait. Elle se dit que ce n&#8217;était pas bon signe. Pleurer au réveil était sans doute sur le podium des symptômes de la dépression. Elle se sentait comme ces matins d&#8217;enfance où tous les moyens sont bons pour manquer l&#8217;école. Ce matin elle n&#8217;avait pas école puisqu&#8217;elle avait obtenu son bac [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">À son réveil, Clothilde pleurait. Elle se dit que ce n&rsquo;était pas bon signe. Pleurer au réveil était sans doute sur le podium des symptômes de la dépression. Elle se sentait comme ces matins d&rsquo;enfance où tous les moyens sont bons pour manquer l&rsquo;école. Ce matin elle n&rsquo;avait pas école puisqu&rsquo;elle avait obtenu son bac dix-sept ans auparavant. Encore qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, comme tous les jeudis, elle irait suivre un cours collectif de mandarin. Elle trouvait ça stupide. &laquo;&nbsp;Un cours de mandarin alors qu&rsquo;on habite Shanghai !&nbsp;&raquo; C&rsquo;est son mari, Laurent, qui l&rsquo;y avait inscrite. &laquo;&nbsp;Tu trouveras plus facilement du travail en parlant chinois. Et tu te feras des amies,&nbsp;&raquo; avait-il dit. Sur ce dernier point, il ne s&rsquo;était pas trompé. Clothilde avait fait la connaissance d&rsquo;Amy, une américaine qui, comme elle, n&rsquo;avait pas d&rsquo;enfant. &laquo;&nbsp;L&rsquo;ouragan américain !&nbsp;&raquo; disait Laurent. Amy débordait d&rsquo;enthousiasme. Elle partageait son temps de femme d&rsquo;expatrié sans emploi entre la salle de sport et les œuvres caritatives. Elle happait souvent Clothilde dans l&rsquo;une ou l&rsquo;autre de ses activités. Clothilde se demandait avec jalousie d&rsquo;où Amy puisait toute cette énergie.</p>
<p style="text-align: justify;">Laurent était sorti du lit en laissant le radio-réveil allumé qui diffusait des tubes de pop chinoise. Il claqua la porte derrière lui en quittant l&rsquo;appartement. Clothilde risqua une main en dehors de la couette et éteignit le radio-réveil. Ce froid ! Un froid humide qui s&rsquo;infiltrait jusque dans les os. On était en janvier et il faisait moins cinq degrés dehors. L&rsquo;immeuble n&rsquo;était pas équipé du chauffage central et le seul moyen d&rsquo;avoir un peu de chaleur dans la chambre était d&rsquo;allumer le climatiseur au plafond. Clothilde attrapa la télécommande sur la table de chevet et alluma l&rsquo;appareil. Il soufflait un air chaud et sec en direction de la tête de lit. En dehors de sa portée, la pièce était froide car il y avait un bon centimètre de jeu entre les fenêtres coulissantes de la baie vitrée. De sa main sacrifiée, Clothilde attrapa le peignoir de bain sur la chaise à côté du lit et l&rsquo;amena sous la couette. En le blottissant un moment contre sa cuisse, elle s&rsquo;évitait le supplice d&rsquo;enfiler un peignoir glacé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le réveil sonna une nouvelle fois, tirant Clothilde du demi-sommeil qu&rsquo;elle avait rejoint. Elle cligna des yeux. Ses paupières râpaient ses cornées à cause de l&rsquo;air que lui envoyait le climatiseur. Elle toussa. Le peignoir était tiède. Elle l&rsquo;enfila sous la couette en gémissant chaque fois qu&rsquo;un courant d&rsquo;air froid atteignait un coin de sa peau. Elle attendit encore un peu que le peignoir chauffe au contact de son corps, puis elle entreprit de se lever. D&rsquo;abord sur un coude. Ensuite, elle s&rsquo;assit sur le bord du lit, la couette enroulée autour des épaules. Venait une étape cruciale : le passage du lit à la salle de bain, soit une vingtaine de pas à franchir en zone froide. Mais avec la chaleur emmagasinée par son peignoir, cette étape n&rsquo;était pas la plus douloureuse. Elle balaya du regard la décoration sans âme de leur chambre. Ils habitaient un grand appartement meublé, au onzième étage d&rsquo;un immeuble moderne, aux frais de l&rsquo;entreprise qui embauchait son mari. En s&rsquo;installant à Shanghai, le couple avait choisi la carrière d&rsquo;import-export de Laurent au détriment de la carrière d&rsquo;ingénieur de Clothilde.</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu&rsquo;elle se sentit prête, elle se leva, jetant la couette derrière elle, et trotta jusqu&rsquo;à la salle de bain. À peine entrée, elle enclencha l&rsquo;interrupteur qui allumait les ampoules chauffantes au plafond. &laquo;&nbsp;Quelle invention !&nbsp;&raquo; se disait-elle tous les matins. La seconde d&rsquo;après, un faisceau de chaleur lui brûlait les épaules. Ça lui rappelait les rayons de lumière sous les soucoupes volantes dans les films de science fiction qu&rsquo;affectionnait son mari. Clothilde ouvrit la porte de douche et tourna le robinet d&rsquo;eau chaude. Puis elle attendit une trentaine de secondes à l&rsquo;extérieur de la cabine, passant de temps à autres la main sous l&rsquo;écoulement d&rsquo;eau. Quand l&rsquo;eau fut à bonne température, elle ôta son peignoir et entra dans la douche. Elle jouit enfin du contact de l&rsquo;eau chaude sur sa peau. Elle resta dix minutes, les yeux fermés, sous l&rsquo;eau fumante qui lui massait le crâne et lui caressait le visage et le dos.</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;étape la plus désagréable de son rituel matinal arrivait : le savonnage. Se savonner impliquait pour Clothilde d&rsquo;éteindre l&rsquo;eau et de perdre sa chaleur enveloppante, puis de verser du gel douche glacial dans la paume de sa main et de l&rsquo;étaler sur son corps transi. Clotilde s&rsquo;exécuta en sautillant sur place et en poussant des petits couinements de jouet pour chien. Elle rouvrit le robinet, mais dut encore attendre en grelottant que la température de l&rsquo;eau redevienne tolérable avant de retourner sous le jet. C&rsquo;était plus qu&rsquo;elle ne pouvait en supporter. Elle pleura pour la seconde fois de la première heure de sa journée. Elle se dit que pleurer parce que le gel douche était trop froid battait tous les symptômes de la dépression à plate couture.</p>
<p style="text-align: justify;">De retour sous le réconfort de l&rsquo;eau chaude, Clothilde se demanda s&rsquo;il existait une invention pour réchauffer le gel douche avant de se l&rsquo;appliquer. &laquo;&nbsp;Cette invention changerait ma vie !&nbsp;&raquo; pensa-t-elle. Elle réfléchit à quoi pourrait ressembler une telle invention. Elle réfléchissait encore lorsqu&rsquo;elle se sécha, lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;habilla et lorsqu&rsquo;elle se fit chauffer du café et griller des toasts. Son cours de mandarin était à 14 h 00, ce qui lui laissait 6 heures de libres. De recherches Internet en croquis, Clothilde occupa sa matinée à concevoir son invention. Vers 12 h, elle décida de se rendre aux magasins où elle trouverait les composants utiles à la concrétisation de son idée. Clothilde ne se rappelait pas être déjà sortie seule de chez elle, pour une activité qu&rsquo;elle s&rsquo;était choisie, depuis qu&rsquo;elle habitait Shanghai. Pour la première fois en trois ans, elle se sentit autonome. Elle aima cette sensation. Sans comprendre pourquoi, elle repensa au moment où elle avait lâché le bras de son père, lors de sa cérémonie de mariage à l&rsquo;église, avant de se raccrocher à celui de son futur mari.</p>
<p style="text-align: justify;">À 22 h 34, ce soir là, naquit le premier Chauffe gel douche. Au même instant, Clothilde redécouvrit le sentiment de satisfaction personnelle. L&rsquo;élément central du prototype du Chauffe gel douche était une mallette en plastique aux propriétés isothermes, utilisée à l&rsquo;origine par les travailleurs pour conserver leurs repas chauds jusqu&rsquo;à la pause. La mallette était assez grande pour accueillir un flacon de gel douche, un flacon de shampoing et, pour les plus frileux, un tube de dentifrice et une petite bouteille d&rsquo;eau pour se rincer les dents. Clothilde y avait ajouté la possibilité de réchauffer directement cette mallette en la branchant à une prise électrique. Cerise sur le gâteau : on pouvait programmer le Chauffe gel douche pour qu&rsquo;il se déclanchât à l&rsquo;heure souhaitée. Idéalement une demi-heure avant usage. &laquo;&nbsp;Cette invention va changer ma vie !&nbsp;&raquo; pensa-t-elle. Quand Laurent rentra du bureau vers 23 h 30, Clothilde savourait encore l&rsquo;une des plus longues douches de sa vie. Elle invita Laurent à la rejoindre, mais il préféra s&rsquo;écrouler sur le canapé du salon pour regarder CNN sur leur écran géant.</p>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain matin, Clothilde prenait encore une douche lorsque le téléphone sonna. Elle se dit que son invention ne résolvait pas tous les problèmes liés à la douche. Comme le téléphone continuait de sonner, elle enfila son peignoir et alla décrocher. C&rsquo;était l&rsquo;ouragan américain :<br />
- Bonjour Clothilde, c&rsquo;est Amy, je ne t&rsquo;ai pas vue au cours de chinois hier. Tout va bien ?<br />
- Tout va très bien, j&rsquo;étais occupée, répondit Clothilde.<br />
- Occupée ? À quelque chose de passionnant alors ?<br />
Clothilde ne s&rsquo;était pas demandée si elle parlerait de son invention à quelqu&rsquo;un. Peut-être se moquerait-on d&rsquo;elle ? Mais comment résister ? pour une fois qu&rsquo;elle était fière d&rsquo;une chose qu&rsquo;elle avait entreprise.<br />
- Et bien, c&rsquo;est à dire que j&rsquo;ai inventé un truc.<br />
- Awesome ! j&rsquo;adore les trucs ! Qu&rsquo;as-tu inventé ? demanda Amy.<br />
- Un… un Chauffe gel douche, répondit Clothilde.<br />
- Un Chauffe gel douche ?<br />
Amy éclata de rire, puis annonça qu&rsquo;elle arrivait tout de suite et raccrocha le combiné.</p>
<p style="text-align: justify;">À la suite de ce coup de téléphone, le destin de Clothilde prit un tournant. Amy s&rsquo;extasia devant le Chauffe gel douche et persuada Clothilde de protéger son invention en déposant des brevets. Ensemble, elles créèrent un site Internet et, devant l&rsquo;afflux des commandes et l&rsquo;intérêt des investisseurs, elles lancèrent la production dans une usine chinoise. Elles attaquèrent le marché canadien, puis la Scandinavie. Elles démarchèrent les émissions de téléachat et les chaînes d&rsquo;hôtels. Au Noël suivant, le Chauffe gel douche fut l&rsquo;un des cadeaux les plus offerts dans l&rsquo;hémisphère nord. Clothilde et Amy firent les couvertures des magazines destinés aux chefs d&rsquo;entreprises, puis celles dédiées aux plus grandes fortunes mondiales. Et chaque jour Clothilde se disait : &laquo;&nbsp;Cette invention a changé ma vie !&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Clothilde ne pleurait plus pour un rien. Elle avait retrouvé sa joie de vivre. Et avec quelle facilité ! Malheureusement, son bonheur n&rsquo;était pas entier du fait que son mari refusait de le partager avec elle. Laurent supportait mal que Clothilde gagnât plus d&rsquo;argent que lui. Il ne parvenait pas à se réjouir pour elle et semblait mettre toute son énergie à compliquer leur quotidien en s&rsquo;agrippant à des principes absurdes. Il refusait par exemple de quitter leur appartement pour les jolies maisons que visitait Clothilde. Des maisons avec jardins, charmantes et chauffées ! C&rsquo;était une façon de se prouver qu&rsquo;il existait encore, qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas tout à fait disparu derrière la réussite éclatante de son épouse. Mais le plus douloureux pour Clothilde était l&rsquo;entêtement avec lequel il dénigrait l&rsquo;utilité du Chauffe gel douche.</p>
<p style="text-align: justify;">Un jour de janvier, Clothilde reçut un coup de téléphone d&rsquo;Amy : &laquo;&nbsp;Il faut que tu viennes chez toi tout de suite. Il est arrivé quelque chose d&rsquo;affreux.&nbsp;&raquo; Clothilde s&rsquo;éclipsa d&rsquo;un déjeuner d&rsquo;affaires et commanda un taxi pour se rendre chez elle. En poussant la porte de son appartement, Clothilde devina que son destin allait prendre un nouveau tournant. &laquo;&nbsp;Décidément, cette invention aura changé ma vie !&nbsp;&raquo; pensa-t-elle. Amy était assise sur le canapé du salon, vêtue du peignoir de Clothilde. Des policiers s&rsquo;affairaient ici et là et dialoguaient en chinois. Ignorant Amy, Clothilde alla droit à la salle de bain. Laurent était nu, avachi sur le lavabo. Il s&rsquo;était électrocuté en utilisant le prototype du Chauffe gel douche.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.chaudslesmarrons.com/?feed=rss2&#038;p=1324</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le Testament explosif d&#8217;Abraham Pichon</title>
		<link>http://www.chaudslesmarrons.com/?p=1134</link>
		<comments>http://www.chaudslesmarrons.com/?p=1134#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 21 Apr 2012 09:33:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Adrien Dartigues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[Abraham]]></category>
		<category><![CDATA[absurde]]></category>
		<category><![CDATA[banque]]></category>
		<category><![CDATA[Bertold Wiesner]]></category>
		<category><![CDATA[christ]]></category>
		<category><![CDATA[dieu]]></category>
		<category><![CDATA[drôle]]></category>
		<category><![CDATA[ebook]]></category>
		<category><![CDATA[epub]]></category>
		<category><![CDATA[fait divers]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[fertilité]]></category>
		<category><![CDATA[frère]]></category>
		<category><![CDATA[fun]]></category>
		<category><![CDATA[géniteur]]></category>
		<category><![CDATA[gratuit]]></category>
		<category><![CDATA[héritage]]></category>
		<category><![CDATA[humour]]></category>
		<category><![CDATA[ibooks]]></category>
		<category><![CDATA[incroyable]]></category>
		<category><![CDATA[insolite]]></category>
		<category><![CDATA[jésus]]></category>
		<category><![CDATA[littéraire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[mégalomanie]]></category>
		<category><![CDATA[messie]]></category>
		<category><![CDATA[mobi]]></category>
		<category><![CDATA[mort]]></category>
		<category><![CDATA[multitude]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[pasteur]]></category>
		<category><![CDATA[pdf]]></category>
		<category><![CDATA[père]]></category>
		<category><![CDATA[polar]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[soeur]]></category>
		<category><![CDATA[sperme]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.chaudslesmarrons.com/?p=1134</guid>
		<description><![CDATA[Tout commença à réception d’une convocation notariale. Il était question d’héritage. Je ne connaissais pas le défunt, mais une recherche google m’informa qu’il figurait au top ten des premières fortunes de France, aussi pardonnai-je au notaire l’étrangeté de son lieu de rendez-vous. Je me rendis comme indiqué, le mardi suivant, au Palais des Congrès.
Une ouvreuse [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Tout commença à réception d’une convocation notariale. Il était question d’héritage. Je ne connaissais pas le défunt, mais une recherche google m’informa qu’il figurait au top ten des premières fortunes de France, aussi pardonnai-je au notaire l’étrangeté de son lieu de rendez-vous. Je me rendis comme indiqué, le mardi suivant, au Palais des Congrès.</p>
<p style="text-align: justify;">Une ouvreuse me guida dans l’obscurité d’une salle de spectacle et me montra une place libre au premier rang. J’oubliai de lui donner une pièce en découvrant mes voisins de fauteuil. À ma gauche, une jeune femme à la beauté aussi pulpeuse et fatale qu’une orange sanguine. À ma droite, quelqu’un d’autre. Mon usine à fantasmes se mit à tourner à plein régime. Son air m’était familier. J’osai : « On ne s’est pas déjà croisés quelque part ? » Elle éclata de rire. Misant tout sur l’hypothèse qu’elle ne rît pas à mes dépends, je ris avec elle.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur scène, un homme en costume et micro-cravate s’avança dans la lumière et dit : « Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, nous sommes réunis en ce jour pour célébrer la mémoire de notre père à tous. » On échangea, dans l’assistance, des regards interrogateurs. J’en profitai pour sourire à ma voisine qui me sourit en retour. En moi réait un jeune cerf, tandis que l’autre poursuivait : « Je suis Philippe Pichon et je vais vous raconter notre histoire commune. » Était-ce le mollet de ma voisine contre le mien ? Ma jambe s’enflamma et mon cœur se mit à cogner contre les parois de ma cage thoracique comme une balle rebondissante. « Je suis le fils du docteur Abraham Pichon, lui-même créateur de la Clinique Pichon, établissement spécialisé dans les problèmes de fertilité. Une banque du sperme, pour le dire familièrement. Voici la vérité qui m’a été révélée : en trente ans d’existence, la banque n’a connu qu’un seul donneur, mon père, et 9783 bénéficiaires, les mères de chacun d’entre vous. Ceci est notre première réunion de famille. Frères et sœurs, nous sommes tous les enfants d’Abraham Pichon ! » concluait-il.</p>
<p style="text-align: justify;">À cette annonce, mon état hormonal fit volte-face. Je regrettai les scénarios peu avouables dans lesquels j&rsquo;avais disputé le premier rôle à ma charmante voisine. Je sentis d’ailleurs sa jambe s’éloigner brusquement de la mienne. Nous étions du même sang, comme tous les inconnus qui nous entouraient. Une fratrie d’étrangers. Ignorant quelle réaction il convenait d&rsquo;adopter en de telles circonstances, j’observai celles de l’assistance. On s’indignait, on se tordait de rire, on se levait en brandissant son poing, on pleurait, on téléphonait, on clamait son scepticisme, on tombait dans les pommes ou dans les bras de ses voisins. Philippe Pichon expliqua comment il avait trouvé, dans le bureau de notre géniteur, un testament où nous figurions tous. Les remords l’avaient décidé à reconnaître tous ses enfants à titre posthume. Dans mon imaginaire, certes romanesque, les testaments étaient rédigés à la plume sur des parchemins cachetés à la cire. Celui d’Abraham Pichon ressemblait à une base de données clients. Je fus pris de vertiges. Incapable d’en entendre davantage, je m’éclipsai direction les WC pour m’asperger le visage à grandes eaux.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est alors qu’on entendit une série de détonations. Tout se mit à trembler autour de moi. Des murs sautèrent des carreaux de faïence. Du plafond se détachaient des plaques de plâtre. Puis ce fut le déluge, les urinoirs tombaient au sol, se changeant en fontaines. Je déboulai dans le couloir où une fumée noire se mêlait aux poussières de plâtre. J’étouffais et perdais le sens de l’orientation. J’avais perdu confiance quand une main saisit la mienne. Telle une brebis égarée, je suivis l’inconnu sur la voie de mon salut. Nous arrivâmes à l’air libre. Mon sauveur n’était autre que l’ouvreuse à qui je ne manquai pas cette fois de donner une pièce.</p>
<p style="text-align: justify;">Après un passage à l’hôpital et un autre en garde-à-vue, je regagnai mon domicile et y restai cloîtrer les jours suivants, ne sachant plus à quel saint me vouer. L’enquête de police me lava de toute complicité dans ce qui resterait célèbre sous le nom d’Attentat Pichon, l’œuvre d’un détraqué qui n’avait pas supporté de partager l’héritage de son père avec 9783 demi-sœurs et demi-frères. Car c&rsquo;est Philippe Pichon, le type qui nous avait conviés au Palais des Congrès pour nous sermonner qui avait tout orchestré. Il était l&rsquo;unique enfant légitime d&rsquo;Abraham Pichon. Un fils jaloux qui avait rassemblé puis fait exploser, le même jour, la plus grande famille qui eût jamais existé.</p>
<p style="text-align: justify;">Qui de mon père ou de mon demi-frère avait souffert de la mégalomanie la plus aigue ? Je n’aurais pu le dire et m’estimais heureux de n’avoir pas hérité de la folie des grandeurs. J’héritai, en revanche, de l’intégralité de la fortune des Pichon. J’étais immensément riche. J’employai cette qualité à mettre autant de femmes que possible dans mon lit, ciblant les plus cupides pour d’évidentes raisons pratiques. C’était la façon que j’avais trouvé de prendre à contre-pied le schéma paternel du docteur Abraham Pichon, lui qui avait engendré une multitude sans s’adonner aux plaisirs de la chair.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.chaudslesmarrons.com/?feed=rss2&#038;p=1134</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le Philosophe, bar-tabac</title>
		<link>http://www.chaudslesmarrons.com/?p=706</link>
		<comments>http://www.chaudslesmarrons.com/?p=706#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 30 Mar 2012 11:48:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Adrien Dartigues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[abîme]]></category>
		<category><![CDATA[abysses]]></category>
		<category><![CDATA[angoisse]]></category>
		<category><![CDATA[bar]]></category>
		<category><![CDATA[chute]]></category>
		<category><![CDATA[drôle]]></category>
		<category><![CDATA[ebook]]></category>
		<category><![CDATA[échafaudage]]></category>
		<category><![CDATA[epub]]></category>
		<category><![CDATA[fait divers]]></category>
		<category><![CDATA[fun]]></category>
		<category><![CDATA[gouffre]]></category>
		<category><![CDATA[grand canyon]]></category>
		<category><![CDATA[gratuit]]></category>
		<category><![CDATA[humour]]></category>
		<category><![CDATA[ibooks]]></category>
		<category><![CDATA[incroyable]]></category>
		<category><![CDATA[insolite]]></category>
		<category><![CDATA[La Défense]]></category>
		<category><![CDATA[littéraire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Louis Aragon]]></category>
		<category><![CDATA[mélancolie]]></category>
		<category><![CDATA[métaphysique]]></category>
		<category><![CDATA[mobi]]></category>
		<category><![CDATA[néant]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[ouvriers]]></category>
		<category><![CDATA[pdf]]></category>
		<category><![CDATA[philosophe]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[polar]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[sirènes]]></category>
		<category><![CDATA[tabac]]></category>
		<category><![CDATA[vide]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.chaudslesmarrons.com/?p=706</guid>
		<description><![CDATA[Au trente-deuxième étage d&#8217;un échafaudage, Boris martelait des tubes d’acier, tandis que Jules, que le silence angoissait, remplissait de mots les vides entre les cognements :
- BING, Dis-moi Boris, BING, n’as-tu jamais, BING, penser à sauter ?
Boris suspendit son geste.
- Comment ça ?
- Tu sais, l’appel du vide. Ça arrive parfois. Il paraît qu’il y a des gens, [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Au trente-deuxième étage d&rsquo;un échafaudage, Boris martelait des tubes d’acier, tandis que Jules, que le silence angoissait, remplissait de mots les vides entre les cognements :<br />
- BING, Dis-moi Boris, BING, n’as-tu jamais, BING, penser à sauter ?<br />
Boris suspendit son geste.<br />
- Comment ça ?<br />
- Tu sais, l’appel du vide. Ça arrive parfois. Il paraît qu’il y a des gens, quand ils se retrouvent face au vide, ils sautent. Une pulsion. Au Grand Canyon, des touristes sautent tous les ans sans raison. Une jeune femme de vingt ans, la semaine dernière, top-modèle et tout, hop ! par-dessus bord. J’ai lu ça dans le journal.<br />
Boris regarda en bas et répondit :<br />
- Pas de connerie Jules ! Si tu sautes, je t’étripe !<br />
- Oh non, tout va bien pour moi depuis que je suis marié avec ta sœur et que tu m’as obtenu ce boulot. Non, non, c’est pour toi que je m’inquiète, c’est plutôt le grand vide dans ta vie, tu ne trouves pas ? demanda Jules, animé par une honnête curiosité. Le silence de Boris l&rsquo;encouragea à poursuivre :<br />
- Je m&rsquo;explique, tu n’as ni femme ni enfant, pas de passion particulière, aucun projet. Je suis ton seul ami et encore, je suis d’abord le mari de ta sœur. Ton quotidien se résume aux chantiers, aux saouleries et aux filles. Ta vie est vide d’intérêt, vide de surprise, vide de sens, vide d’amour. Et si l’on tient compte du fait que tu ne crois en rien et que tu finiras donc en engrais pour pissenlits, ton passage sur Terre se réduit à un grand vide entouré de néant.<br />
Alerté par les traits de colère qui sillonnaient le visage de Boris, Jules s’empressa d’ajouter :<br />
- Je dis ça en toute amitié.<br />
- En toute amitié, je te conseille de la boucler ou tu vas bientôt ressentir un grand vide à la place du nez.<br />
Pour meubler le silence dans lequel se mura Boris jusqu’en fin de journée, Jules siffla tous les airs joyeux qui lui passaient par la tête, en s’exerçant au vibrato comme il avait entendu faire d&rsquo;autres gars sur le chantier.</p>
<p style="text-align: justify;">Après le travail, les deux hommes se joignirent à ceux qui trinquaient au bar-tabac Le Philosophe. Dès que Boris eut posé son coude sur le comptoir, Jules reprit ses questionnements :<br />
- Tu sais, le grand vide de ta vie, faut pas que ça t’angoisse. Moi aussi je ressens ça. Comme un gouffre au creux du ventre que je n’arriverais jamais à remplir.<br />
- L’estomac ? ironisa Boris.<br />
- Non, non, je te parle d’une sensation, une sorte de manque, un appel. Terrifiant et séduisant à la fois.<br />
- Le chant des sirènes, marmonna un type dont les longs cheveux trempaient dans son Ricard.<br />
- C’est ça ! s’enthousiasma Jules, c’est comme les sirènes qui, de leur chant mélodieux, séduisent les marins afin qu&rsquo;ils se jettent par-dessus bord et les suivent dans le noir des abysses.<br />
Jules guetta une réponse dans l’œil vide du chevelu. Mais celui-ci perdit connaissance et son front heurta le comptoir avec une telle violence que le zinc résonna d’un son de glas. Le barman, un type gigantesque à l’allure de Monsieur Propre, s’était approché et retroussa une manche de sa chemise sur un tatouage. Il représentait un buste de Louis Aragon en dessous duquel on pouvait lire une phrase toute en volutes : « Il faut regarder le néant en face pour savoir en triompher. » Il déclama la citation avec une voix d’outre-tombe, puis retourna près de la tireuse à bière sans ajouter un mot. Alors, tout le bar eut son mot à dire sur le néant. Et Jules, ravi d’avoir créé le débat, se vidait la tête à mesure qu’il emplissait son ventre d’alcool. Pour quelques heures, on ne laissa pas sa place au vide, le silence se tut et la nuit brilla autour du comptoir du Philosophe. Aux toilettes, Jules dialogua avec son reflet, puis il rit avec son ombre qui l&rsquo;avait surpris dialoguant avec son reflet. Il sortit ses clefs de sa poche et grava au mur : « Le vide, c’est le blanc de la feuille qui attend d&rsquo;être dessiné ». Pour quelques heures, Jules oublia ses angoisses. Il était capable de dessiner les contours du néant, de l’être et de l’absolu. Mais il ne serait jamais capable de s’en rappeler car ses souvenirs reprendraient leur cours bien plus tard dans la nuit.</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’il arriva chez lui, sa femme l’attendait, toutes lumières allumées et l’inquiétude au ventre.<br />
- Que s’est-il passé ? Tu saignes du nez ?<br />
- Rien de grave, un léger différent avec ton frère.<br />
Alors que Boris vomissait dans le caniveau, Jules l’avait encouragé : « c’est ça, fait le vide !  ».<br />
- Tu sais ma chérie, on a tous une sorte de grand vide dans le ventre.<br />
Elle l’interrompit :<br />
- Pas moi. Plus maintenant.<br />
En apprenant qu&rsquo;il serait bientôt père, Jules sentit une vague de chaleur émerger du plus profond de son ventre et inonder tout son être.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.chaudslesmarrons.com/?feed=rss2&#038;p=706</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le Chalet d&#8217;été</title>
		<link>http://www.chaudslesmarrons.com/?p=151</link>
		<comments>http://www.chaudslesmarrons.com/?p=151#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 28 Feb 2012 16:51:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Adrien Dartigues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[ebook]]></category>
		<category><![CDATA[epub]]></category>
		<category><![CDATA[faits divers]]></category>
		<category><![CDATA[fun]]></category>
		<category><![CDATA[gratuit]]></category>
		<category><![CDATA[humour]]></category>
		<category><![CDATA[ibooks]]></category>
		<category><![CDATA[mobi]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[pdf]]></category>
		<category><![CDATA[polar]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.chaudslesmarrons.com/?p=151</guid>
		<description><![CDATA[Fixée à l’arrière d’une maison de bois, une longue chaîne encaisse les secousses fougueuses que lui assène un grand chien blanc. Le malamute suit son maître des yeux en l’appelant de gémissements pathétiques. Il le regarde s’éloigner et disparaître sous les flocons de neige qui tombent en silence. Arrivé au fond de son jardin, l’homme [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Fixée à l’arrière d’une maison de bois, une longue chaîne encaisse les secousses fougueuses que lui assène un grand chien blanc. Le malamute suit son maître des yeux en l’appelant de gémissements pathétiques. Il le regarde s’éloigner et disparaître sous les flocons de neige qui tombent en silence. Arrivé au fond de son jardin, l’homme pousse une porte grillagée. Puis, il dégage sa barbe de son col, resserre son écharpe et enfile la seconde bretelle de son sac à dos. Alors, il s’engage dans la forêt devant lui. À sa main, un fusil de chasse de calibre 12.</p>
<p style="text-align: justify;">Il veut rejoindre son chalet d’été situé dans la montagne. Il a estimé qu’en partant tôt ce matin, il arriverait avant la tombée de la nuit. Il sait que, s’il en avait parlé à quelqu’un, on aurait tenté de le dissuader. Car aucune route n’y mène, il fait moins quinze degrés et la neige tombe depuis plusieurs jours. Pourtant, il ne renoncera pas. La nuit passée, lors d’une accalmie, il regardait le flanc de la montagne et il a vu de la lumière qui sortait des fenêtres de son chalet. Il y a quelqu’un, là-haut, chez lui.</p>
<p style="text-align: justify;">La tête rentrée dans les épaules, il avance, à pas lents, entre les arbres. Depuis la disparition de sa femme, il est souvent seul. Il s’en est accommodé d’abord, puis y a pris goût. Solitude et contemplation. Son regard s’attarde sur un genévrier aux branches hérissées d’épines de givre. Mieux vaut être seul que de voir la pitié sur tous les visages, pense-t-il à voix haute. Et puis, il sait ce qu&rsquo;on dit dans son dos. On dit qu&rsquo;il n&rsquo;a plus toute sa tête. Son épouse, Sylvie, a disparu, il y a quatre ans. Elle se rendait, un soir, chez une amie. Un demi kilomètre à pied le long de la route goudronnée. Elle portait des escarpins bleus, achetés dans la semaine, qu’elle voulait montrer à son amie. Ne la voyant pas arriver, l’amie téléphona au mari. Ils se retrouvèrent à mi-chemin, là où on avait abandonné, sur le bas-côté, les escarpins bleus.</p>
<p style="text-align: justify;">Il marche depuis plusieurs heures. Il a perdu le chemin. C’était à prévoir, sous cette neige épaisse. Il a poursuivi tout droit, dans le sens de la montée. Il se rappelle qu’au moment de son agression, sa femme avait sur elle son trousseau de clefs, parmi lesquelles s’en trouvait une qui ouvre le chalet d’été. Et ses pensées s’emmêlent encore. L’agresseur de sa femme a pu récupérer ses clefs. Et il passe du bon temps là-haut. Pourquoi a-t-il enlevé sa femme ? Est-elle toujours en vie ? Il s’arrête. Il hurle. Un hurlement qui sort tout étouffé de sa bouche, comme assommé en plein vol par l’armée de flocons. Il crie de nouveau, à s’en arracher les cordes vocales. L’homme rigole de désespoir et reprend son ascension. Il se dit qu’il serait facile de mourir aujourd’hui. Une mort agréable, d’un engourdissement croissant. Dans les morsures du froid, certes, mais enveloppé d’une neige ouateuse et, à ses oreilles, la musique de milliers de flocons qui percutent le sol. Ses pas s’enfoncent dans les couches de neige à la texture meringuée. Il pense au thé chaud qu’il pourrait boire au goulot du thermos qu’il a rangé dans la poche droite de son sac. Il pense à la viande séchée qu’il a glissé le long du thermos pour qu’elle ne gèle pas. Il pourrait s’en couper un morceau avec le couteau qu’il porte à la ceinture. Mais il se dit qu’il peut marcher encore une heure avant de marquer une pause. Et il marche deux heures et il tombe dans la neige. Allongé sur le dos, il cligne parce que des flocons lui tombent dans les yeux. Puis il ne cligne plus et il s’endort.</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’il rouvre les yeux, il fait nuit et la neige a cessé de tomber. Il a chaud. Il se redresse et retire son sac à dos. Il ne sent plus ses doigts. Il parvient, à grand peine, à ôter son écharpe et son bonnet, sa veste et son pull. Il empoigne son fusil, se lève et reprend sa marche. Son corps est couvert d’une longue cape bleu nuit, fruit de son imagination, il le sait, mais quelle tenue et quel bien-être elle lui procure ! Elle le protège de l’humidité, du froid et du passé. Soudain, il en baisse la capuche. On entend un cours d’eau. Il est attiré par le bruit comme s’il avait marché, dans le désert, des jours durant. Il court jusqu’à découvrir une cascade d’un mètre cinquante de hauteur. L’eau jaillit d’une pierre où s’accrochent des stalactites, plonge dans un petit bassin à l’allure de bénitier et disparaît à nouveau sous la neige. Comme un assoiffé, il tombe sur ses mains, se tord le cou sous la cascade et engloutit de grandes gorgées d’eau mêlées d’air froid. Le sang bleu tape les parois de son crâne. Quand c’est trop douloureux, il se retire, respire un grand coup. Et maintenant, il reconnaît ce cours d’eau. Il se lève. Il revoit cette pente telle qu’il la connaît, les pierres et les herbes sèches. Le chalet est là, juste au-dessus. Et sa femme qui l’attend.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la lueur vacillante d’un poêle à bois, un couple de randonneurs allemands discute du moment le plus opportun pour repartir. Les fortes chutes de neige les ont contraints à s’abriter dans ce chalet, refuge aussi charmant que providentiel. Le jeune homme a fait sauter le chambranle de la porte d’un coup de rondin de bois. Dès que les conditions le permettront, ils iront se déclarer à la gendarmerie de la ville qu’on voit en contrebas, dans la vallée, et offriront de dédommager le propriétaire de leur intrusion. La fille est avachie dans le creux d’un fauteuil. Du bout des ongles, elle dessine, sur le daim, élimé aux accoudoirs, des motifs abstraits qui libèrent une odeur de vieux cuir et de poussière. Les chevilles croisées sur un tabouret, elle goûte du bout des pieds, la chaleur que diffuse la vitre du poêle. De l’autre côté de la pièce, le garçon, assis à une table de ferme massive, est occupé à réparer une lampe à huile.</p>
<p style="text-align: justify;">La porte d’entrée s’ouvre lentement sur l’intérieur du chalet, emmenant avec elle la chaise qui servait à la caler. La fille se lève pour la refermer, croyant à l’œuvre d’un courant d’air. Elle s’arrête brusquement, à la vue de l’homme effrayant qui s’avance à pas lourds vers le centre de la pièce. Le couple s’immobilise. L’étranger qui vient de faire irruption, en pleine nuit, entre deux tempêtes de neige, n’a ni manteau ni gants. Il porte, pour tous vêtements, une chemise mouillée rentrée dans un pantalon ample en velours côtelé. Dans la lumière intermittente du poêle, on ne distingue pas les traits de son visage dissimulés, en outre, derrière de longs cheveux bouclés et une barbe touffue. L’effroi des jeunes Allemands serait décuplés s’ils pouvaient voir la folie qui a pris possession de sa figure. Toute leur attention est portée sur le fusil que l’homme tient fermement dans une main. Il continue d’avancer vers la fille et semble murmurer un même mot, encore et encore. L’Allemand se lève doucement. L’homme pleure et répète : « Sylvie ». Il est tout proche de la fille maintenant. Il peut sentir son odeur boisée. Elle dit : « je ne suis pas Sylvie. » Son compagnon, qui ne comprend pas leur dialogue, s’approche prudemment. Et l’homme répète « Sylvie. » Elle dit : « je ne suis pas Sylvie. » Et l’homme lâche son fusil sur le tapis. Il tombe à genou devant elle et lui enserre les jambes. Elle dit « Je suis Anna. Et lui c’est Etan. » Etan s’est approché, avec autant de précaution que s’il s’était approché d’un animal sauvage. Il se jette sur le fusil, le pointe sur l’homme et lui ordonne de reculer. L’homme desserre son étreinte et redresse la tête. Il regarde Etan droit dans les yeux, d’un regard de possédé. Il sort son couteau de son étui et le brandit en marmonnant entre ses dents. La fille croit entendre : « c’est toi. » Elle répète : « c’est Etan. » Il va pour se relever, mais l’Allemand lui tire une gerbe de plombs en pleine figure. L’homme tombe sur le tapis et reçoit un second coup de fusil dans les côtes. Avant de sombrer dans le néant, la tempe contre le sol, les yeux inondés de sang, il voit, à portée de main, les pieds nus de la fille. Il se réjouit d’avoir conservé, sur l&rsquo;étagère de leur chambre, les escarpins bleus.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.chaudslesmarrons.com/?feed=rss2&#038;p=151</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Braquage fruitier</title>
		<link>http://www.chaudslesmarrons.com/?p=116</link>
		<comments>http://www.chaudslesmarrons.com/?p=116#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 31 Oct 2011 21:08:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Adrien Dartigues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[avocat]]></category>
		<category><![CDATA[délinquance]]></category>
		<category><![CDATA[ebook]]></category>
		<category><![CDATA[epub]]></category>
		<category><![CDATA[fun]]></category>
		<category><![CDATA[gratuit]]></category>
		<category><![CDATA[humour]]></category>
		<category><![CDATA[ibooks]]></category>
		<category><![CDATA[littéraire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[mobi]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[pdf]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[sénile]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.chaudslesmarrons.com/?p=116</guid>
		<description><![CDATA[Commissariat du dix-septième arrondissement de Paris, début d’après-midi
« Un avocat ?
- Oui, Commissaire. Il s’est présenté au guichet de la banque en brandissant un avocat. Ils ont cru qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une grenade. Il a donné un petit papier au guichetier sur lequel était écrit : « N’essayez pas de jouer au héros, je n’ai rien [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><strong>Commissariat du dix-septième arrondissement de Paris, début d’après-midi</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Un avocat ?<br />
- Oui, Commissaire. Il s’est présenté au guichet de la banque en brandissant un avocat. Ils ont cru qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une grenade. Il a donné un petit papier au guichetier sur lequel était écrit : « N’essayez pas de jouer au héros, je n’ai rien à perdre. Donnez-moi 300 euros ou je nous fais exploser tous les deux. » Le guichetier, paniqué, lui a donné la somme.<br />
- Et après ?<br />
- Après, il est monté dans un taxi qui l’attendait devant la banque. D’après le témoignage du chauffeur, il est descendu deux rues plus loin. Le chauffeur lui a offert la course. Après, plus de nouvelles. »</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Place Jules Joffrin, trois heures plus tôt</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Qu’il était touchant ce vieil homme ! Le visage gracieux, malgré la souffrance. Pia le contemplait, tout en lui portant assistance. Il s’était couché lentement, entre les sièges du bus, en se tenant l’épaule. Arrêt cardiaque. Pia avait pris le commandement des opérations. « Je suis infirmière. » Elle réquisitionna le contrôleur de la RATP, qui venait de monter à bord, le chauffeur du bus et un passager volontaire. Ensemble, ils le portèrent au-dehors, sur le parvis de la Mairie du dix-huitième arrondissement. Elle ordonna au contrôleur d’aller chercher un défibrillateur à la Mairie. Le chauffeur fut chargé d’appeler les secours et le passager d’éloigner les badauds qui se penchaient déjà. « De l’air ! » criait-elle. Elle appliqua son pouce sur le poignet du vieil homme. Son pouls battait, puissant, régulier.<br />
« Monsieur ?<br />
- Merci Mademoiselle, répondit le vieil homme en ouvrant un œil, puis l’autre, sans vous, j’y passais. »<br />
Puis il se redressa sous les murmures de soulagement. « Tout va bien. » On se dispersa. Les passagers du bus, qui s’étaient agglutinés contre le plexiglas de leur bocal, regagnèrent leurs places. On s’autorisa à montrer de l’impatience. Pia, se tenant toujours sur ses genoux, vit l’homme faire quelque pas et des étirements. Puis, elle assista au démarrage du bus qui poursuivit son trajet, rue Ordener. Elle tourna la tête, le vieil homme s’était éloigné. À pas légers, il emprunta la rue du Mont Cenis, derrière l’église Notre-Dame de Clignancourt. On tapota l’épaule de la jeune femme : le contrôleur lui tendait un défibrillateur. En se relevant, elle demanda :<br />
« Avez-vous contrôlé son ticket ?<br />
- Pardon ?<br />
- Le vieux monsieur, vous avez vu son titre de transport ?<br />
- Enfin, Madame, dans un moment pareil ! »<br />
Elle soupçonnait une mise en scène, sans pouvoir y croire toutefois. Piquée par la curiosité, elle prit le vieil homme en chasse. Rue du Mont Cenis : personne. Elle courut jusqu’au prochain carrefour. Le vieil homme était introuvable. Les commerces ! Elle remonta la rue en évaluant les enseignes. Body minute, 4,30 euros l’épilation, non. ABC reprographie, fermé. Top Design, sûrement pas. Cybercafé, peu probable. Plus loin, les pompes funèbres Roblot, trop tôt. L’église bien sûr ! Elle allait se retourner pour traverser la rue quand elle le vit, là, dans la vitrine. Une petite boutique qui avait échappé à son enquête. Un salon de coiffure. Il était assis. Il attendait son tour en feuilletant Gala. La jeune femme sourit, attendrie et admirative devant tant de culot. Qu&rsquo;y avait-il d&rsquo;autre à faire ?<br />
Elle tourna les talons, profita du marché pour faire quelques courses et regagna l’arrêt de bus. Un bus. Deux bus. La curiosité l&rsquo;emportait encore. Elle se rendit tout droit au salon de coiffure et en poussa la porte. On la pria d’attendre sur ce fauteuil. Le temps de finir la coupe de Monsieur et l’on serait à elle. La coiffeuse rejoignit le vieil homme dont elle s&rsquo;occupait. Ils bavardaient joyeusement, lui, charmant, elle, flattée. Si bien que la coiffeuse du poste d’à côté délaissait régulièrement sa cliente, ennuyeux balayage, pour se joindre aux conversations.<br />
Rasoir sur la nuque, sèche-cheveux, blaireau dans le cou. « Voilà, Monsieur. » Lorsqu’il se dirigea vers le comptoir, Pia se cacha maladroitement derrière son magazine. La coiffeuse aida le vieil homme à enfiler sa veste. « 26 euros. » Il fouilla ses poches puis déclara :<br />
« J’ai oublié mon porte-monnaie en haut. Je m’excuse, vraiment, j’habite juste au-dessus.<br />
- Ne vous inquiétez pas, répondit la commerçante, vous repasserez plus tard.<br />
- Vraiment, je suis confus, je reviens tout de suite.<br />
- Ne vous en faites pas, Monsieur, repassez dans la semaine, ça peut attendre. »<br />
Pia prétexta un rendez-vous et sortit à la suite du vieil homme. Elle pressa le pas et, une fois à sa hauteur, demanda :<br />
« Est-ce que les gens sont toujours aussi gentils avec vous ?<br />
Il ne parut pas la reconnaître, mais, avenant, répondit :<br />
- Toujours, quand on l’est avec eux. »<br />
Alors qu&rsquo;elle lui disait au revoir, Pia remarqua les nombreux rapiècements sur sa veste de mauvaise facture. Prise soudain d&rsquo;une bouffée de compassion, elle fouilla dans son sac de course et lui tendit un avocat.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.chaudslesmarrons.com/?feed=rss2&#038;p=116</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
